J’ai encore une fois écouté une émission radiophonique sur le sujet suivant : est ce que les sportifs de haut niveau aiment leurs sports ?

Il y a beaucoup d’exemples de sportifs de très haut niveau qui n’aiment, qui n’aimaient pas leurs sports .

Les sœurs Williams, André Agassi, Michael Phelps (nageur) Tiger Woods, Gary Bale ( footballeur gallois qui préférait le golf).

Ce sont le plus souvent des sports individuels qui provoquent ce »non amour » de leurs sports. Ce ressenti vient de la façon dont les parents projettent sur leurs enfants ce que eux, n’ont pas pu réussir.

Il y a aussi l’attitude parfois terrible des entraineurs sur leurs athlètes : insultes brimades, et parfois pire.


Il y a, j’en suis certain, plein d’autres sportifs qui n’aiment pas vraiment leur activité mais ne le disent pas.

On pourrait aussi transporter ce « non amour » de leur travail à plein d’hommes et de femmes qui sont dans des métiers qu’ils n’aiment pas mais qu’ils ont choisis pour une raison sociale ou financière.

On pourrait parler de médecins, financiers, commerciaux, acteurs, professeurs….

Il est bien évident que chaque profession a son lot de moments agréables et de moments difficiles.

Plein de sportifs font ces efforts pour s’élever dans la société, être reconnus ou assurer le futur de leur famille. On le voit bien dans le football où plein de jeunes choisissent l’argent (Arabie saoudite, Qatar) plutôt que le palmarès et la difficulté. Attention, je ne dis pas que s’expatrier dans cette région ne demande pas d’efforts, mais les salaires proposés n’ont pas d’équivalence dans les autres pays.

Je me suis, donc, demandé si en aïkido certains professeurs sont dans la même situation.

Je ne parle pas, bien sûr, des élèves qui viennent par plaisir mais de certains professeurs qui préfèrent enseigner pour pouvoir exister ou asseoir une certaine supériorité illusoire sur leurs élèves.

Dans notre art, l’exemple qui me touche le plus, ce sont les descendants de Maitre Ueshiba. Que ce soit Kishomaru doshu , Moriteru doshu ou Mitsuteru waka Sensei. Ont-ils choisi de devenir pratiquant et professeur ou est ce la vie et la survie de l’aïkido qui les ont obligés à devenir ce qu’ils ont été ou ce qu’ils sont maintenant.

Cela fait longtemps que je vais à Tokyo pour m’entrainer au Hon Bu Dojo et je respecte beaucoup ces trois belles personnes et parfois je suis plein d’admiration quand je les vois depuis des années faire tous les jours les mêmes chorégraphies et malheureusement, chaque année quand je retourne sur le tapis j’ai la sensation que la lassitude les ronge de l’intérieur.

J’ai souvent eu envie de demander à certains professeurs du Hon Bu Dojo, ce que l’aïkido représentait pour eux. Est-ce que certains jours, l’envie d’arrêter devenait plus forte et plus fréquente. Je n’ai pas osé et surtout je n’ai jamais trouvé le moment et le lieu pour une discussion privée sur ces sujets. .

Je suis sûr qu’il y a des professeurs qui devenus professionnels, donc obligés d’être sur le tapis, au plus profond d’eux-mêmes n’aiment plus autant l’aïkido que lorsqu’ils étaient élèves, et donc libres de venir quand il le désiraient. Quand on est professeur, il faut donner le meilleur pour ses élèves, les faire progresser.

Il en est de même pour les médecins qui ne trouvent pas la bonne solution pour leurs patients car pas assez investis dans leur travail. On le voit aussi parfois avec certains professeurs qui n’arrivent pas à intéresser les élèves et parfois les laissent à l’abandon.

Quand on transmet un savoir, quand on a la vie de patients entre ses mains, il est impératif de faire le maximum,

Il ne faut pas uniquement être au travail les heures prévues mais il faut se remettre en question en s’entrainant régulièrement et ne jamais s’arrêter d’étudier. et ne rien attendre en retour.

Pour notre aïkido il est impératif de revenir sur le tapis comme élève et non pas rester dans un rôle d’enseignant.

Il ne faut jamais oublier que nous les hauts gradés sommes, des exemples et non pas des « stars du passé ».

J’ai souvent vu au cours de stages certains hauts gradés passer leur temps à parler plutôt que de pratiquer et montrer une image positive aux débutants.

Sur le tapis, je répète souvent cette phrase : » si nos élèves après nous, ne deviennent pas meilleurs et plus intelligents, nous aurons failli à notre mission.

J’espère vraiment que dans le futur l’aïkido progressera et aura une image de pratique, de sérieux et d’honnêteté.

Philippe Gouttard